Aller au contenu

ÉVACUATION · ORGANISATION

Point de rassemblement : comment le choisir et le faire vivre dans votre établissement ?

Par PREVA CONSEILS · · Lecture : 9 min

Aucune distance réglementaire, mais sept critères à vérifier, des rôles à désigner et un comptage à tester : une méthode de choix avec une checklist à télécharger.

Deux responsables examinent le plan d’un établissement devant le panneau vert de point de rassemblement, sur un parvis à l’écart du bâtiment
Choisir le point de rassemblement sur plan, puis sur le terrain. Image d’illustration générée par IA.

Checklist de choix du point de rassemblement : accéder au téléchargement gratuit ↓

L’alarme retentit, les personnes sortent… et se dispersent sur le parking, devant la porte d’entrée ou le long de la rue. Impossible de savoir qui manque. Le point de rassemblement est l’endroit où l’évacuation devient vérifiable : c’est là que l’on compte, que l’on renseigne les secours et que l’on empêche les retours dans le bâtiment. Encore faut-il qu’il soit bien choisi.

Cet article propose une méthode de choix pour les établissements recevant du public, les établissements sociaux et médico-sociaux, les crèches et les entreprises, avec une checklist d’une page à télécharger.

Informations vérifiées le 12 octobre 2026. Les textes cités sont indiqués en fin d’article.

À quoi sert réellement le point de rassemblement ?

L’INRS décrit l’évacuation comme le fait de conduire en sécurité toutes les personnes présentes hors des bâtiments, jusqu’à un point de rassemblement où elles sont recensées. [S3]

Le point de rassemblement remplit donc trois fonctions, dans cet ordre :

  • compter : vérifier que tout le monde est sorti et identifier les personnes manquantes, y compris celles qui ont rejoint un espace d’attente sécurisé ;
  • renseigner : transmettre aux sapeurs-pompiers un bilan clair, avec le nombre de personnes manquantes et leur dernière localisation connue ;
  • tenir : garder les personnes regroupées, hors de danger, jusqu’à l’ordre de réintégrer les locaux ou de rejoindre un lieu d’accueil.

Un emplacement qui ne permet pas ces trois fonctions n’est pas un point de rassemblement : c’est seulement un endroit où les gens attendent.

Ce que disent les textes, et ce qu’ils ne disent pas

Dans les entreprises, la consigne de sécurité incendie doit notamment désigner, pour chaque local, les personnes chargées de diriger l’évacuation, préciser les dispositions prises pour les personnes en situation de handicap et indiquer les moyens d’alerte. [S1] Des exercices doivent avoir lieu au moins tous les six mois, pour que le personnel reconnaisse l’alarme et repère les zones de regroupement sûres ; leur date et les observations sont consignées sur un registre. [S2]

Dans les établissements recevant du public, les consignes affichées précisent les dispositions prises pour assurer la sécurité du public et du personnel, l’évacuation des personnes en situation de handicap ou leur évacuation différée, ainsi que l’accueil et le guidage des sapeurs-pompiers. Des exercices d’instruction du personnel sont organisés sous la responsabilité de l’exploitant et inscrits au registre de sécurité. [S5] Les établissements d’enseignement ont des règles propres : des exercices pratiques d’évacuation ont lieu au cours de l’année, le premier durant le mois qui suit la rentrée. [S6]

Ce que les textes n’imposent pas : aucune distance minimale entre le bâtiment et le point de rassemblement. Les « 50 mètres » ou « 100 mètres » parfois cités ne reposent sur aucun texte de portée générale. La distance résulte de l’évaluation des risques du site. Des prescriptions chiffrées peuvent exister, mais elles viennent d’ailleurs : arrêté préfectoral d’une installation classée, plan d’opération interne, consignes d’un site d’accueil ou d’un donneur d’ordre. Dans ce cas, elles s’appliquent.

Sept critères pour choisir l’emplacement

La méthode consiste à examiner chaque emplacement candidat selon les critères suivants, sur plan puis sur place. Un seul critère non satisfait doit conduire à chercher un autre emplacement ou à prévoir une mesure compensatoire.

CritèreCe qu’il faut vérifier
1. À l’écart du dangerSuffisamment éloigné des façades, des vitrages, des zones de chute de matériaux et des fumées selon les vents dominants. Hors des zones de stockage à risque (gaz, produits inflammables).
2. Hors des accès des secoursNe gêne ni la voie d’accès des engins, ni les aires de mise en station, ni les hydrants, ni un portail. L’Observatoire national de la sécurité recommande d’éviter autant que possible les points de rassemblement près des voies d’accès des secours. [S4]
3. Atteignable sans dangerAccessible depuis toutes les sorties sans traverser une voie circulée ni une zone de manœuvre de véhicules. Si une traversée est inévitable, elle doit être organisée et encadrée.
4. Assez grandCapable d’accueillir l’effectif maximal présent, public compris, en laissant la place de circuler et de compter par groupe.
5. Accessible à tousCheminement praticable en fauteuil ou avec une aide à la marche, sans marche ni sol meuble. Articulé avec les espaces d’attente sécurisés et les dispositions d’évacuation différée.
6. Praticable en toute conditionUtilisable la nuit, sous la pluie et par grand froid. L’ONS recommande un point qui peut être éclairé la nuit et, en cas d’intervention longue, un lieu fermé et abrité. [S4]
7. IdentifiableRepérable par un panneau, connu de tous et indiqué sur les plans d’évacuation et dans les consignes.

Dans la pratique, le critère 2 est celui qui disqualifie le plus souvent l’emplacement choisi par habitude : le parking devant l’entrée principale est aussi l’endroit où les engins de secours arrivent.

Les situations qui compliquent le choix

Plusieurs bâtiments ou un grand site

Un point de rassemblement unique peut être trop éloigné pour certaines sorties. Prévoir alors plusieurs points numérotés, chacun rattaché à des sorties précises, et un responsable par point qui remonte son bilan à un coordinateur. Le comptage se fait par point, puis se consolide.

Établissement en ville sans espace extérieur

Lorsque le trottoir est la seule issue, chercher un lieu sûr à proximité : parvis, square, cour d’un bâtiment voisin avec l’accord de son occupant. Dans ce cas, l’itinéraire jusqu’à ce lieu fait partie de l’organisation et doit être testé lors des exercices. Le regroupement sur le trottoir, sans séparation de la circulation, reste une solution de dernier recours.

Évacuation différée et personnes en situation de handicap

Les personnes qui ne peuvent pas évacuer immédiatement rejoignent un espace d’attente sécurisé, conçu pour les protéger des fumées, des flammes et du rayonnement thermique pendant un temps déterminé. [S3] Le responsable du point de rassemblement doit savoir qui s’y trouve pour l’indiquer aux secours : le comptage ne peut pas se limiter aux personnes présentes à l’extérieur.

Mise à l’abri plutôt qu’évacuation

Face à certains risques, comme un nuage toxique ou une menace extérieure, sortir du bâtiment aggrave la situation. Le point de rassemblement ne remplace pas une zone de mise à l’abri ; les deux organisations coexistent et les consignes doivent indiquer clairement laquelle s’applique selon le signal.

Signaler et faire connaître

Le panneau de point de rassemblement est un signal de sauvetage : fond vert, pictogramme blanc. Le symbole de référence est le E007 de la norme NF EN ISO 7010. Les panneaux installés après le 1er janvier 2014 conformément à cette norme bénéficient d’une présomption de conformité à la réglementation. [S7] Lorsque plusieurs points existent, les numéroter et reporter la numérotation sur les plans.

La signalisation ne suffit pas. Le point de rassemblement doit figurer sur les plans d’évacuation, dans les consignes affichées et dans l’information donnée à chaque nouvel arrivant, salarié, stagiaire, intérimaire ou intervenant extérieur. Pour un établissement accueillant du public, les personnes présentes n’ont pas lu la consigne : ce sont les personnels désignés qui les conduisent.

Faire vivre le point de rassemblement

Désigner les rôles

Le guide-file conduit les personnes vers la sortie ; le serre-file vérifie que tout le monde est sorti et note ceux qui ont rejoint un espace d’attente sécurisé ; un coordinateur centralise les informations et les transmet aux secours. [S3] Au point de rassemblement, une personne identifiée reçoit les bilans et fait l’interface avec le responsable de l’accueil des secours. Prévoir des suppléants : l’évacuation n’attend pas que les titulaires soient présents.

Organiser le comptage

Le comptage repose sur un support fiable : liste des présents, cahier d’appel, registre des visiteurs, badges. L’ONS recommande de vérifier les effectifs au point de rassemblement à l’aide du cahier d’appel ou d’un outil adapté, et de prévoir des méthodes rapides de relevé de présence à destination des secours. [S4] Dans un établissement médico-social, le bilan doit distinguer les résidents, le personnel et les visiteurs, et préciser les personnes en évacuation différée.

Tester lors des exercices

Chaque exercice est l’occasion de contrôler le point de rassemblement lui-même : les personnes l’ont-elles trouvé sans hésiter ? Le comptage a-t-il abouti ? Quelqu’un a-t-il quitté le point sans autorisation ? Les conditions de déroulement et le temps d’évacuation sont consignés au registre de sécurité, avec les observations. [S4] Ces observations servent ensuite à ajuster l’emplacement, la signalisation ou les consignes.

Les erreurs les plus fréquentes

Choisir le parking par défaut. C’est souvent l’espace le plus grand, mais aussi l’accès des engins de secours et une zone de circulation.

Se placer sous les fenêtres. Un point trop proche du bâtiment expose aux chutes de vitrage et aux fumées.

Ne désigner personne pour compter. Sans responsable identifié, le bilan n’existe pas et les secours entrent sans information.

Laisser repartir les personnes. Une personne qui quitte le point pour « aller chercher quelque chose » est une personne manquante pour les secours.

Ne jamais tester le cheminement. Un point de rassemblement qui n’a jamais été rejoint pendant un exercice n’a pas été validé.

Exemple : un EHPAD de plain-pied avec jardin

Situation fictive à adapter à votre établissement. L’établissement dispose d’un parking devant l’entrée principale et d’un jardin clos à l’arrière, accessible depuis deux sorties de secours.

  1. Examiner les candidats : le parking est l’accès des secours et donne sur la rue ; le jardin est clos, plat, éclairé, mais une des sorties oblige à longer la façade vitrée du salon.
  2. Décider : retenir le jardin comme point de rassemblement, avec un cheminement balisé qui s’écarte de la façade, et conserver le parking libre pour les engins.
  3. Organiser : un point pour les résidents et le personnel, une zone distincte pour les visiteurs, une liste des résidents par unité remise au responsable du point, et un abri prévu dans le bâtiment voisin en cas d’attente prolongée.
  4. Vérifier : lors de l’exercice de nuit, chronométrer, contrôler que le bilan des unités parvient au responsable et noter les écarts au registre.

La décision utile n’est pas « le jardin » ; c’est le jardin, le cheminement, les rôles et le support de comptage, testés ensemble.

À télécharger : la checklist de choix du point de rassemblement

Une page, 15 points de vérification avec cases Oui / Non / À corriger, un espace pour la décision et les actions à mener. À utiliser sur plan puis sur le terrain, avec les personnes chargées de l’évacuation.

Télécharger la checklist point de rassemblement (PDF)

1 page · À imprimer et compléter en équipe. Outil de repérage interne à adapter à votre établissement ; il ne remplace ni l’évaluation des risques, ni les consignes applicables.

Le mot du préventionniste

Le point de rassemblement est souvent le dernier sujet traité dans l’organisation de l’évacuation, alors qu’il est le seul endroit où l’on sait si elle a réussi.

Choisissez-le avec les personnes qui l’utiliseront, testez-le lors du prochain exercice et notez ce qui a gêné. Un emplacement, un cheminement, une personne qui compte et un support fiable : c’est ce qui permet de dire aux secours « tout le monde est là » ou « il manque deux personnes, voici où elles étaient ».

Un point de rassemblement n’est pas un lieu : c’est une organisation qui se vérifie.

Préparer l’évacuation avec vos équipes

Découvrez nos formations à l’évacuation et à la sécurité incendie ou échangez avec PREVA CONSEILS sur l’organisation de votre établissement.

Sources et textes de référence

Vérification documentaire : 12 octobre 2026. Les critères de choix, l’exemple et la checklist constituent des recommandations pratiques proposées par PREVA CONSEILS.

  1. S1 — Article R. 4227-38 du Code du travail — contenu de la consigne de sécurité incendie
  2. S2 — Article R. 4227-39 du Code du travail — exercices et essais périodiques
  3. S3 — INRS — Incendie sur le lieu de travail : évacuation, intervention, consignes de sécurité
  4. S4 — Observatoire national de la sécurité — Exercices d’évacuation incendie : préparation et déroulement (2019)
  5. S5 — Arrêté du 25 juin 1980, règlement de sécurité contre l’incendie dans les ERP — articles MS 46, MS 47 et MS 51
  6. S6 — Arrêté du 25 juin 1980 — article R 33, exercices d’évacuation dans les établissements d’enseignement
  7. S7 — INRS, ED 6293 — Signalisation de santé et de sécurité au travail (2017)

← Tous nos articles